Nature, ma fascination

C’est bien, le temps.

Avec lui, j’arpente les chemins de ma nouvelle région.
Tous les chemins : les chemins forestiers, les sentiers, ceux qui montent, descendent, s’enfoncent dans la forêt, longent les crêtes. Les chemins balisés ou non, ceux que je retrouve sur les cartes et ceux qui apparaissent au creux d’un virage, ceux qui vont quelque part et ceux qui s’arrêtent au milieu de nulle part.

Je prends le pouls, repère les orientations, la trajectoire du soleil, les variations de végétation, identifie les sommets et le plus souvent n’y arrive pas, découvre les petits ruisseaux, ceux à sec et ceux qui me rafraîchissent.

C’est magique.

Au printemps, c’était les fleurs. Des dizaines d’heures à tenter de les identifier d’après mes photos de balades (merci Qwant, mon moteur de recherche qui ne me trace pas, enfin j’espère – et pour les plus connectés d’entres-vous, Plantnet). Et petit à petit, comprendre leur composition pour les retrouver plus facilement. Le regard change et s’affute, doucement.
Structure de la plante, forme de l’inflorescence, contour et implantation des feuilles. Pétale, sépale, pédoncule, les mots sont déjà poésie. Ainsi en est-il de leur nom : la catananche bleue s’appelle aussi la cupidone, la nigelle de Damas répond aussi au doux nom de cheveu de vénus, à celui plus effrayant de diable dans le buisson. La buphtalme à feuille de saule se nomme également œil de bœuf.

Tiens, voici quelques fleurs de printemps pour colorer votre rentrée.

La cupidone, que j’ai mis du temps à distinguer de la chicorée sauvage !
Oeil de boeuf
L’oeil de boeuf, c’est la photo d’en-tête du blog.
Orchidée pyramidale
Une orchidée sauvage, peut-être la pyramidale.

Et les plantes comestibles, bien sûr, parce que j’aime manger, et c’est encore meilleur quand c’est gratuit. Mais là, je suis tombée sur un os : pour bien les identifier, rien de tel que d’observer les fleurs. Mais pour bien les manger, rien de tel que de les ramasser avant la floraison. Hum. Bref, je me suis entraînée pour l’année prochaine. Et alors là, à moi salade de chicorée sauvage, oseille des prés et carottes sauvages – promis, si j’ai un doute avec la cigüe, je ne la mange pas. Je serai mieux préparée encore à la saison des noix vertes pour le vin, des fleurs de sureau pour du sirop, des mûres avant qu’elles soient trop sèches.

Carotte sauvage
La carotte sauvage, reconnaissable par la petite fleur pourpre en son centre.

Et l’automne est là, arrivé bien vite. Je surveille les feuilles, certaines changent déjà de couleur. Et depuis quelques jours, sur les chemins, sont apparues de nombreuses mantes religieuses. Quoi, les insectes aussi auraient des saisons ? (oui, je pars de loin) Je cours m’en enquérir. Oui, nous sommes en pleine période de l’âge adulte de celles-ci, et de reproduction.

Vous me trouverez naïve, mais je ne m’en remets pas de tant d’émotions.

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Fichtre, les insectes aussi, ont des saisons !
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Je peux, nous pouvons, le pouvoir

Mes mains peuvent, mon cerveau peut, les émotions pleuvent.
Retrouver du pouvoir, c’est ce qui me transporte dans le doïtyourself-faisletoimême.
Oh pas du pouvoir sur autrui, pas celui de ceux honnis.
Le pouvoir de soi.

Cueillir des plantes sauvages, fabriquer de la lessive ou du savon, accompagner la croissance de tomates, construire un four solaire, pétrir du pain, réparer son vélo.
Et bâtir, en 3 mois, sa maison.

C’est l’air du temps ou bien un retour en arrière, la mode ou bien l’histoire qui se répète, le retour du bon sens ou bien se compliquer la vie.
Un truc de privilégiés, aussi ? J’espère pas mais ça me fait une belle jambe.

C’est surtout la puissance retrouvée.
C’est démystifier les savoirs.
Décloisonner les connaissances, les voir circuler, y contribuer.
Plonger au-delà de son métier, de sa spécialisation, de son rôle.
Actionner ses mains et son cerveau, comprendre et apprendre, partager.
Faire ensemble, avec. Faire sans.

Se sentir capable, être capable, se voir capable.
C’est incroyable comment ça rend plus fort.e.

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Et en 3 mois, elles et ils construisirent une maison.

Stage en maraîchage, jour 10 : maraîchage 1, moi 1

En quelques jours, je ne voulais déjà plus que ce stage cesse.
J’avais pris goût à ces journées dehors, sous le soleil brûlant le plus souvent, penchée sur des rangées de fleurs et légumes.

J’aimais classer puis repiquer les jeunes plants de poireaux. Désherber les oignons. Faire peser tout le poids de mon corps sur la grelinette pour ramasser les patates. Effeuiller l’origan et ne garder que les fleurs pour en faire des bouquets. Cueillir les framboises et manger celles qu’on ne vendra pas. Confectionner des bottes d’ail frais. Tailler les tomates en enlevant les gourmands. Remplir des caisses débordantes de légumes, fleurs et plans pour le marché.

J’aimais être accompagnée dans mon ignorance et mes découvertes par les mots bienveillants, rassurants et précis de Sandra – entrecoupés de 1000 anecdotes et de rires joyeux. Discuter sans fin avec elle, qui porte fièrement son statut de paysanne-maraîchère-militante de l’agriculture paysanne. La côtoyer et me nourrir de ses expériences, de sa force, de sa détermination, elle qui reste debout dehors chaque jour, ancrée dans la terre et la vie.

J’aimais tellement être sale de partout ! (C’est mon côté Mimi Cracra.)

J’aimais le repos du midi, manger des légumes ramassés quelques minutes avant. Plonger dans la rivière fraîche pour reprendre des forces. Puis le soir, laisser couler l’eau sur mon corps et voir la terre s’accumuler au fond de la douche. Dormir tôt d’un sommeil profond.

Mais peut-être ce que j’ai le plus aimé, c’est la sérénité que j’y ai trouvé.
La répétition des gestes m’a offert un chemin d’accès vers l’ici et maintenant, j’ai avancé dans cette inlassable quête qui est la mienne.
Les sons des nos mouvements et de la nature ont fait taire pendant de précieuses heures le brouhaha du monde, de ses horreurs et de ses scandales inutiles.

Il n’y avait que nous, que moi et la nature, les légumes, les plantes, les fleurs.
La joie était immense.

Finalement, ce n’était peut-être pas un stage en maraîchage, mais un stage de méditation.

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La rivière qui chaque midi a accueilli mon corps fourbu.

Stage en maraîchage, jour 1 : maraîchage 1, moi 0

J’ai boxé, pédalé, couru sur des terrains de basket, nagé, randonné, arpenté les rues en long en large en travers.
J’ai usé de mon corps parce que j’aime le mouvement, l’effort, le rythme.

Premier jour de maraîchage : je suis KO physique.
J’ai mal aux jambes, au dos, au cou.
J’ai la tête qui cogne de trop de soleil.
Je veux qu’on me donne à manger, qu’on me lave, qu’on me couche.

Je suis KO moral.
2 semaines de stage ? Impossible.
En faire mon métier ? Inenvisageable.

J’ai arrêté de travailler à 18h.
Sandra, elle, continuera jusqu’à 21h, 22h.
Chaque jour de chaque semaine de chaque mois de printemps et d’été.
Pour quelques centaines d’euros par mois, bien sûr.
En parlant vite et beaucoup, en souriant non-stop, en planifiant les plantations les désherbages les récoltes les marchés les conserves les stocks les plans les semis.

Elle devient ma terreur, ma fascination.

Vite, le sommeil.
Pour engloutir le trop de questions de peurs de fatigue.

Heureusement, le stage continuera.
Heureusement, je n’en resterai pas là.

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Oh soleil, laisse moi du répit.

Lune de miel mon amour

Au début tout est beau.

Le village est beau, avec ses ruelles, son vieux centre, sa librairie, son magasin de producteur, son marché, son café associatif, ses fêtes populaires, sa mairie alter, sa taille humaine.

La nature est belle, avec ses fleurs, ses montagnes, ses arbres, ses animaux sauvages, ses insectes colorés, ses rivières.

La météo est belle de soleil qui tanne la peau et réchauffe le corps, de vent pour se sentir vivant, d’orages pour arroser les champs.

Les gens sont beaux, avec leurs vies décalées, leur ouverture, leurs sourires, leurs invitations, leurs coups de main généreux.

La vie est belle parce que le temps est là pour l’installation, la randonnée, la découverte, le sommeil, la lecture, le repos, la baignade, la cueillette et les confitures.

Au début, tout est beau.

Et ce n’est que le début.

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