Stage en maraîchage, jour 10 : maraîchage 1, moi 1

En quelques jours, je ne voulais déjà plus que ce stage cesse.
J’avais pris goût à ces journées dehors, sous le soleil brûlant le plus souvent, penchée sur des rangées de fleurs et légumes.

J’aimais classer puis repiquer les jeunes plants de poireaux. Désherber les oignons. Faire peser tout le poids de mon corps sur la grelinette pour ramasser les patates. Effeuiller l’origan et ne garder que les fleurs pour en faire des bouquets. Cueillir les framboises et manger celles qu’on ne vendra pas. Confectionner des bottes d’ail frais. Tailler les tomates en enlevant les gourmands. Remplir des caisses débordantes de légumes, fleurs et plans pour le marché.

J’aimais être accompagnée dans mon ignorance et mes découvertes par les mots bienveillants, rassurants et précis de Sandra – entrecoupés de 1000 anecdotes et de rires joyeux. Discuter sans fin avec elle, qui porte fièrement son statut de paysanne-maraîchère-militante de l’agriculture paysanne. La côtoyer et me nourrir de ses expériences, de sa force, de sa détermination, elle qui reste debout dehors chaque jour, ancrée dans la terre et la vie.

J’aimais tellement être sale de partout ! (C’est mon côté Mimi Cracra.)

J’aimais le repos du midi, manger des légumes ramassés quelques minutes avant. Plonger dans la rivière fraîche pour reprendre des forces. Puis le soir, laisser couler l’eau sur mon corps et voir la terre s’accumuler au fond de la douche. Dormir tôt d’un sommeil profond.

Mais peut-être ce que j’ai le plus aimé, c’est la sérénité que j’y ai trouvé.
La répétition des gestes m’a offert un chemin d’accès vers l’ici et maintenant, j’ai avancé dans cette inlassable quête qui est la mienne.
Les sons des nos mouvements et de la nature ont fait taire pendant de précieuses heures le brouhaha du monde, de ses horreurs et de ses scandales inutiles.

Il n’y avait que nous, que moi et la nature, les légumes, les plantes, les fleurs.
La joie était immense.

Finalement, ce n’était peut-être pas un stage en maraîchage, mais un stage de méditation.

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Stage en maraîchage, jour 1 : maraîchage 1, moi 0

J’ai boxé, pédalé, couru sur des terrains de basket, nagé, randonné, arpenté les rues en long en large en travers.
J’ai usé de mon corps parce que j’aime le mouvement, l’effort, le rythme.

Premier jour de maraîchage : je suis KO physique.
J’ai mal aux jambes, au dos, au cou.
J’ai la tête qui cogne de trop de soleil.
Je veux qu’on me donne à manger, qu’on me lave, qu’on me couche.

Je suis KO moral.
2 semaines de stage ? Impossible.
En faire mon métier ? Inenvisageable.

J’ai arrêté de travailler à 18h.
Sandra, elle, continuera jusqu’à 21h, 22h.
Chaque jour de chaque semaine de chaque mois de printemps et d’été.
Pour quelques centaines d’euros par mois, bien sûr.
En parlant vite et beaucoup, en souriant non-stop, en planifiant les plantations les désherbages les récoltes les marchés les conserves les stocks les plans les semis.

Elle devient ma terreur, ma fascination.

Vite, le sommeil.
Pour engloutir le trop de questions de peurs de fatigue.

Heureusement, le stage continuera.
Heureusement, je n’en resterai pas là.

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Lune de miel mon amour

Au début tout est beau.

Le village est beau, avec ses ruelles, son vieux centre, sa librairie, son magasin de producteur, son marché, son café associatif, ses fêtes populaires, sa mairie alter, sa taille humaine.

La nature est belle, avec ses fleurs, ses montagnes, ses arbres, ses animaux sauvages, ses insectes colorés, ses rivières.

La météo est belle de soleil qui tanne la peau et réchauffe le corps, de vent pour se sentir vivant, d’orages pour arroser les champs.

Les gens sont beaux, avec leurs vies décalées, leur ouverture, leurs sourires, leurs invitations, leurs coups de main généreux.

La vie est belle parce que le temps est là pour l’installation, la randonnée, la découverte, le sommeil, la lecture, le repos, la baignade, la cueillette et les confitures.

Au début, tout est beau.

Et ce n’est que le début.

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Retour à la terre et aux mots

Écrire, à nouveau ?
Je crois que c’est reparti.
Ça m’a manqué.

Toiicillàmoiicilà a rythmé mes années d’éduc, m’a offert une précieuse béquille. Puis j’ai moins écris. J’avais moins besoin de crier peut-être. J’étais surtout ensevelie de questions éthiques du genre est-ce-que-j’ai-bien-le-droit-la-légitimité-d’écrire-sur-des-gens-de-partager-avec-d’autres-un-bout-de-leur-intimité-de-notre-intimité. Bref, j’ai plus voulu, osé, pris le temps, un peu tout ça.

Mais là, alors, si je ne parle que de moi, je peux ?
J’ai envie.
Même si ce n’est qu’une histoire de retour à la terre de plus.
Même si je ne sais pas où je vais mais c’est le chemin qui compte blabla n’est-ce-pas ?

Parce que vous me demandez des nouvelles, de raconter, parce que ça titille, le retour à la terre, c’est d’actualité.
Parce que j’ai envie savoir ce qui se cache sous mon clavier, savoir si je peux encore jongler avec les mots, un peu.
Pour garder des traces de cette recherche, parce que si j’écris, j’ancre.

Alors voilà, dans 2, 5 ou 10 ans je serai peut-être maraîchère, redevenue éduc, saisonnière asperges-vignes-fruitiers, guide de randonnée. Et si on se lève tous pour le revenu minimum, un peu tout ça mais sans pression financière, qui sait ?

J’habiterai une yourte ou une maison de village, une grande ferme pour accueillir ceux que la vie les humains malmènent ou une maison moderne, un camion ou un appartement en ville.

J’espère que le chemin blabla, que dans tous les cas j’aurais continué à trouver un peu de moi, un peu de nous, un peu de demain, un peu d’espoir, un peu de beauté, un peu de vrai.

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